Vivre une vraie vie d’enfant, c’est-à-dire une vie dans une famille aimante et attentionnée, et d’avoir un avenir.

Pavel et Irina

Nous sommes devenus frère et sœur, nous avons des parents, des grands-parents, des cousins, des cousines, de nombreux amis. Comme tous les enfants qui vivent dans une famille, nous sommes entourés de gens qui nous aiment et qui ont un grand souci de nous ; ils veillent à ce que nous grandissions le plus sereinement possible et que nous devenions un jour des adultes heureux.

Nous venons tous les deux de Russie : moi, Pavel, 11 ans, j’ai été adopté en 2004 à Nijni-Novgorod. J’étais dans ce qu’on appelle un « bon orphelinat » — je chantais, dessinais, connaissais de nombreux jeux — mais je n’étais jamais sorti. Quand à 5 ans et demi, j’ai vu pour la première fois des voitures dans la rue, j’ai été paniqué ; jamais non plus, je n’avais touché un bouton d’interrupteur, n’étais entré dans un magasin, et je ne savais même pas ce que ça voulait dire « être embrassé ». Ce jour-là, c’était le 26 février 2004, j’ai eu l’impression de découvrir le monde et le petit garçon timide et maladif que j’étais s’est vite métamorphosé en un enfant joyeux, affectueux et curieux de tout.

pavelirinaMa petite sœur, Irina, venait, elle, d’un très mauvais orphelinat (et oui, en Russie, il y a aussi de très mauvais orphelinats) de la région de Volgograd ; à presque six ans, elle ne savait même pas compter jusqu’à cinq, ne connaissait pas en russe le nom des couleurs, parlait comme un enfant de trois ans, distinguait à peine les images dans un livre. Son dossier médical était catastrophique. Mais mes parents ont eu immédiatement un immense amour pour elle.

Cela fait maintenant deux ans qu’elle est avec nous, et grâce à nous tous, mais aussi aidée par une orthophoniste et une psychothérapeute, Irina a comme on dit presque tout « rattrapé ». C’est désormais une petite fille qui vient d’avoir huit ans et que presque rien ne distingue des autres enfants de son âge, si ce n’est qu’elle est vraiment pleine d’énergie et de gaieté, peut-être plus que d’autres enfants.

Nous avons été adoptés grâce à la procédure de l’adoption individuelle : comme nos parents ne sont pas mariés, et malgré le fait que d’emblée ils acceptaient des enfants dits « grands » — qu’est-ce que cela veut dire ? —aucune OAA ne voulait les accepter. Ils se sont alors adressés directement aux autorités du pays — c’est ce qu’on appelle la procédure « individuelle » —dans lequel ils pensaient pouvoir adopter un enfant ; ce fut d’abord Haïti — pays qui reste cher à leur cœur, surtout dans l’épreuve qu’il traverse aujourd’hui —, où le dossier n’a pu aboutir, puis vers la Russie (il s’agissait en 2003 des deux pays les plus ouverts à l’époque aux « célibataires »). En 2007, munis d’un deuxième agrément, ils se tournaient une fois encore vers la Russie.

L’adoption individuelle est une procédure absolument légale ; la loi russe ne confie aux étrangers que des enfants qui sont dans la « base de données fédérale » depuis plus de huit mois sans avoir été adoptés par des Russes, et ne prononce un jugement d’adoption qu’après avoir vérifié qu’aucun membre, même éloigné, de la famille biologique ne manifeste le désir de recueillir cet enfant. Si l’adoption a un prix, c’est parce qu’il faut payer les mandataires et les traducteurs, dont les noms figurent officiellement sur les documents remis aux autorités françaises et russes. Ces mandataires sont d’ailleurs souvent les mêmes (avec les mêmes tarifs) que ceux qui travaillent pour les O.A.A. et l’A.F.A.

Pourquoi donc vouloir interdire l’adoption individuelle qui permet à tant d’enfants de trouver une famille qui les aidera à grandir ? Est-ce une pure volonté policière de vouloir tout contrôler puisque l’adoption fait rentrer des « étrangers » sur le territoire national ? Est-ce parce que dans les plus hautes sphères de notre société (hommes politiques, journalistes) certains n’hésitent pas, par ignorance espérons-le, à assimiler adoption et vol d’enfants ?

Mais si l’adoption permet à des hommes et des femmes de devenir parents (en quoi est-ce condamnable ?), elle permet aussi à de nombreux enfants promis à un destin difficile, de vivre une vraie vie d’enfant, c’est-à-dire une vie dans une famille aimante et attentionnée, et d’avoir un avenir.

Pour condamner l’adoption individuelle qui permet chaque année en France à plus d’un millier d’enfants de connaître ce bonheur-là, il faut ne jamais avoir vu un orphelinat, où tous les enfants se précipitent sur vous en criant « mama, mama », « papa, papa » et que vous quittez le cœur serré en ne souhaitant qu’une chose à ceux qui
restent, être adoptés à leur tour ; il faut ne pas connaître les affreuses statistiques (délinquance, suicide, prostitution, analphabétisme) concernant les adolescents à leur sortie de l’orphelinat en Russie et ailleurs ; il faut enfin ne pas avoir vu l’enfant quittant pour toujours l’endroit, où il a parfois vécu des années,sans un regard en arrière, avec ses parents venus le chercher : c’est toujours, malgré l’angoisse de l’inconnu, une libération, et
l’espoir d’une vraie vie !

Rappelons aussi que ces adultes qui adoptent prennent la grande responsabilité de devenir les parents d’enfants qu’ils connaissent à peine, au passé parfois douloureux, au dossier médical souvent chargé, mais qu’ils ont assez confiance dans leurs forces — et dans celles de l’enfant — pour prendre en charge cette histoire et faire de cet
enfant-là le leur.

Voilà pourquoi il faut défendre cette voie de l’adoption, voie absolument légale rappelons-le encore une fois, mais qui nécessite de faire les démarches soi-même auprès des autorités du pays de son enfant, souvent aidé d’ailleurs par les nombreuses associations d’adoptants qui de façon solidaire diffusent des informations, transmettent les modèles de documents, etc. Merci encore à toutes ces associations qui fonctionnent autrement mieux que l’Agence Française de l’Adoption (l’AFA) dont l’incompétence n’est plus à démontrer (8 adoptions réalisées en Russie l’an dernier !).

Confier à cet organisme l’adoption internationale, au cas où la procédure individuelle serait interdite, serait tout simplement mettre quasiment fin à l’adoption internationale en France (est-ce le but ?)

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