J’ai vu ma maman adoptive pour la première fois, j’avais 3 ans moins 1 jour.
Cela faisait 3 ans que j’habitais dans cet orphelinat. Les dames étaient gentilles, elles nous donnaient à manger, nous lavaient, nous habillaient, chacun notre tour avec la dizaine d’autres camarades de mon groupe. Je mangeais très bien tout seul.
Du côté de maman, cela faisait 2 ans qu’elle progressait dans les méandres des démarches de l’adoption pour arriver enfin à ce jour de notre rencontre.
Et j’allais avoir 3 ans le lendemain: on avait programmé pour moi le passage dans un orphelinat pour grand…ouf cela a été suspendu. Autant vous dire que dans ce nouvel orphelinat, il n’y a plus beaucoup de parents qui venaient pour adopter des enfants. En plus, moi, je suis un peu typé: j’ai les yeux en amande et la peau un peu mate. Du coup, aucun parent russe ne voulait de moi car il préfère les blonds aux yeux bleus, et les filles aussi. En fait, je suis très beau, …enfin tout le monde me le dit depuis que je suis en France, alors je finis par le croire.
Pour arriver jusqu’à Omsk, ma maman a du passer un agrément en France. C’est long et éprouvant.
Puis elle a fait un énorme dossier, avec plein de documents, des signatures, des apostilles, des traductions, et des re-signatures. Tout cela pour pouvoir être ma maman. Après m’avoir rencontré, elle a encore fait un tas de formalités dans les administrations russes, avec l’aide de deux traducteurs qui étaient professeurs de français, langue étrangère à la faculté d’Omsk.
Puis elle m’a emmené passer des examens dans un hôpital d’Omsk, car on ne peut pas se fier entièrement à mon dossier médical. Ils le chargent pour que je sois adoptable à l’international. Ils disent que j’ai des problèmes, mais c’est juste de l’amour dont j’avais besoin, et d’un peu de vitamines. Il a suffit de quelques semaines en France pour rattraper tout le retard que j’avais. Pour y aller, nous avons pris un taxi. Je crois bien que c’est la première fois que je sortais de l’orphelinat, cela faisait peur. J’ai du monter sur les genoux de ma maman. Mais c’était la première fois que je montais sur les genoux de quelqu’un, et cela ne m’a pas rassuré du tout. Je ne voulais pas appuyer mon dos sur elle, je suis resté bien droit.
Et puis, ma maman a fêté mon anniversaire à l’orphelinat. Elle a préparé un gâteau et gonflé des ballons. Normalement c’est interdit d’apporter de la nourriture à l’orphelinat, mais la directrice a exceptionnellement accepté. J’étais hyper fier, car c’est moi qui ai distribué les parts de mon gâteau à mes camarades.
Mais ma maman a du retourner en France, car maintenant il fallait attendre que mon gros dossier passent entre les mains d’une juge russe. Cela a duré 3 mois, il parait que c’est très court. Vous trouvez que c’est court, vous? Quand cela fait 3 ans que vous êtes dans un orphelinat, puis qu’on vous présente une maman qui a l’air plutôt chouette, et puis après plus rien pendant 3 mois ! Et bien j’ai fait une belle déprime. Quand ma maman est revenue elle m’a trouvé changé, triste. Pendant 3 semaines, elle est venue me voir tous les jours à l’orphelinat, nous avons pu aussi faire une sortie dans un parc. J’ai pris le bus avec elle, tous les deux. J’avais peur.
Enfin, elle a eu le droit de m’emmener avec elle. J’ai mis mes nouveaux habits et j’ai dit « paka » (salut) à tout le monde. J’étais très pressé de partir avec elle.
Nous avons passé quelques jours à Omsk ensemble, à courir dans les administrations (pour demander mon nouvel acte de naissance, mon passeport, etc.), à flâner dans les jardins publics ou à visiter des amis russes la campagne dans leur datcha. En suite, nous avons pris un vol pour Moscou afin de faire la demande de visa. Nous en avons profité pour aller au cirque. Et ce soir là, il s’est passé quelques choses d’extraordinaire entre nous : c’est la première fois que j’ai pris la main de ma maman dans la mienne. Depuis ce jour, j’ai commencé à rire.
J’ai découvert en France ma nouvelle famille. J’ai appris le français en quelques semaines…puis l’école, des amis, le sport, une culture. J’adore aller à Paris visiter des musées, et voyager en Europe pour découvrir aussi d’autres pays.
Et maintenant je vais avoir 10 ans dans quelques jours. Mon histoire d’adoption fait naturellement parti de ma vie. Nous fêtons tous les ans mon arrivée en France et ma date de naissance, c’est sympa : j’ai deux anniversaires.
Et si ma maman n’était pas venue me chercher ce jour de mes 3 ans moins 1 jour ?
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Sans l’adoption individuelle, je ne serais pas là.
Maintenant, maman aimerait bien adopter un petit frère ou une petite sœur. Nous pourrions ainsi agrandir notre famille. Les OAA (Organismes Agréés à l’Adoption) et l’AFA (Agence Française de l’Adoption), c’est mission impossible pour une mère souhaitant adopter en célibataire. L’adoption en individuelle est le seul moyen pour moi d’avoir un frère ou une sœur.





Je suis témoin pour être une amie de la famille et je connais la vie riche de Théo et le bonheur qui se lit dans ses yeux pétillants à chaque respiration.
Il grandit avec de l’ affection et sa maman lui apprend les valeurs d’ une vie d’ enfant libre.
Il aime les animaux…il en a et il en est responsable, il aime le sport et les découvertes…il n’ a de cesse d’ en explorer les richesses.
Pourrait-il aujourd’ hui dans son orphelinat imaginer qu’ une telle vie puisse exister; sa vie, sa petite vie se réduisait à côtoyer quelques personnes certes gentilles, quelques copains certes sa famille mais jamais il n’ aurait pu voir et toucher cette immensité et l’ amour d’ une mère. Cette chance qui un jour c’ est présentée à lui, ne la refusait pas à d’ autres enfants en somnolence et à l’ avenir bouché entre quatre murs, oubliés de tous.
Sylvie
J’ oubliai: ON T’ AIME THEO!!!!
Ivo avait 21 mois lorsque nous nous sommes recontrés et 2 ans et 1 mois lorsqu’il a quitté l’orphelinat où il était arrivé agé de 5 jours. Le jour de ses 2 ans il avait changé de section. Cela n’a duré que un petit mois mais c’était déjà beaucoup trop.
Je l’ai adopté en célibataire et si il n’y a pas d’apostille pour la bulagarie le parcours du combattant est le même que pour la Russie et que pour les autres pays. Et en attendant les enfants survivent!
Ivo est magnifique, joyeux et en bonne santé mais les autres ?
Le passage par des associations est long, couteux et les célibataires sont en général refusés…